
Soumsoum, la nuit des astres : une odyssée mystique au cœur du Tchad
Avec Soumsoum, la nuit des astres , le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun signe une œuvre à la fois intime et universelle, où le réel se fissure pour laisser place à l’invisible. Présenté au Festival international du film de Berlin, le film s’inscrit dans la continuité d’un cinéma africain en pleine mutation, mêlant traditions narratives et expérimentations visuelles.

Une héroïne entre deux mondes
Au centre du récit, Kellou, adolescente en quête d’elle-même, voit son quotidien bouleversé par des visions mystérieuses. Dans un village reculé du Tchad, où les croyances ancestrales structurent la vie collective, ces manifestations sont perçues comme une menace. Le personnage incarne une jeunesse prise entre héritage culturel et désir d’émancipation.
La rencontre avec Aya, figure marginale et libre, agit comme un déclencheur. Ensemble, elles explorent un espace liminal où les frontières entre visible et invisible s’effacent, révélant une réalité plus vaste que celle imposée par la communauté.

Un cinéma du sensible et du symbolique
Fidèle à son style, Mahamat-Saleh Haroun privilégie une mise en scène épurée, presque contemplative. Les paysages des montagnes de l’Ennedi deviennent un personnage à part entière, écrin minéral d’une histoire profondément spirituelle.
La lumière, les silences et les regards prennent le pas sur le dialogue, installant une atmosphère méditative. Le film convoque ainsi un imaginaire où les astres, les rêves et les forces invisibles dialoguent avec les préoccupations très concrètes des personnages.

Une réflexion sur la condition féminine
Au-delà de son intrigue mystique, Soumsoum, la nuit des astres propose une lecture politique. À travers le destin de Kellou et Aya, le film interroge la place des femmes dans des sociétés marquées par le poids des traditions.
Le rejet dont elles sont victimes met en lumière les mécanismes d’exclusion, mais aussi les possibilités de résistance. Haroun filme ses héroïnes avec une grande délicatesse, leur offrant une dignité et une complexité rare.

Une œuvre saluée par la critique
Récompensé par le Prix FIPRESCI à la Berlinale 2026, le film a su convaincre par sa singularité et sa puissance évocatrice. Sans céder aux codes narratifs dominants, il s’impose comme une proposition audacieuse, à la croisée du conte initiatique et du drame social.


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Conclusion
Soumsoum, la nuit des astres est une œuvre exigeante, mais profondément envoûtante. En explorant les tensions entre tradition et modernité, visible et invisible, Mahamat-Saleh Haroun livre un film qui résonne bien au-delà de son ancrage géographique. Une invitation à repenser notre rapport au monde, et à ce qui nous échappe.