Pourquoi la fermeture de Showmax inquiète toute l’Afrique

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Pendant longtemps, Showmax représentait un immense espoir pour le cinéma africain. Pour beaucoup de spectateurs, la plateforme n’était pas simplement un service de streaming parmi d’autres. Elle incarnait quelque chose de beaucoup plus profond : la possibilité pour l’Afrique de raconter enfin ses propres histoires au monde entier, avec ses propres voix, ses propres langues et ses propres héros.

Fichier:Showmax Logo.png — Wikipédia

Mais aujourd’hui, tout semble basculer.

L’annonce de la fermeture de certaines activités de Showmax a provoqué une véritable onde de choc sur les réseaux sociaux. Très rapidement, les internautes ont commencé à se poser des questions inquiétantes : comment une plateforme aussi populaire peut-elle disparaître ? Pourquoi le « Netflix africain » semble-t-il apparaître en difficulté ? Et surtout, qu’est-ce que cette crise révèle réellement sur l’avenir du cinéma africain ?

C’est dans ce climat de confusion et d’inquiétude qu’une réaction a particulièrement retenue l’attention : celle de Mo Abudu.

Mo Abudu

Mo Abudu | Bloomberg Philanthropies

Considérée comme l’une des femmes les plus influentes du divertissement africain, Mo Abudu n’a pas choisi des mots ordinaires. Son message a immédiatement enflammé Internet :

“Personne ne viendra nous sauver.”
Personne ne viendra nous sauver.

         

Cette phrase simple, presque brutale, a touché énormément de personnes. Pour beaucoup, ce n’était pas seulement une réaction à la situation de Showmax. C’était un avertissement signalé à toute l’industrie créative africaine.

Depuis plusieurs années, l’Afrique connaît une véritable explosion de ses productions audiovisuelles. Des séries comme Shaka iLembe , The Wife ou encore plusieurs productions nigérianes ont commencé à attirer l’attention bien au-delà du continent. Grâce au streaming, les histoires africaines voyagent désormais dans le monde entier.

La saison 2 de SHAKA ILEMBE sera diffusée sur CANAL+ MAGIC à partir du 22 janvier 2025 - Adweknow

The Wife (Série télévisée 2021–2023) - IMDb

Et au centre de cette révolution se trouvait justement Showmax.

Showmax fermera définitivement son service de streaming le 30 avril | Business Post Nigeria

Contrairement à certaines plateformes étrangères souvent accusées de sous-représenter les réalités africaines, Showmax avait fait des contenus locaux sa priorité. La plateforme investit massivement dans les langues africaines, les acteurs locaux et les récits inspirés des cultures du continent. Pour beaucoup de jeunes créateurs, Showmax représentait enfin un espace où les histoires africaines pouvaient exister sans devoir être transformées pour plaire à Hollywood.

C’est précisément pour cette raison que la situation actuelle inquiète autant.

Car ce qui rend cette affaire encore plus mystérieuse, c’est que Showmax semblait pourtant réussir. Dans certaines régions africaines, la plateforme avait même dépassé Netflix en nombre d’abonnés. Un exploit que peu de personnes imaginaient possible il y a encore quelques années.

Canal+ ferme Showmax après des pertes de 522 millions de dollars chez MultiChoice | Business Insider Afrique

Alors pourquoi une plateforme aussi populaire semble-t-elle aujourd’hui vaciller ?

C’est la question qui passionne actuellement les internautes.

Selon plusieurs analystes, le problème ne vient pas du manque de public, mais du modèle économique lui-même. Produire des séries ambitieuses coûte extrêmement cher. Les plateformes doivent financer les tournages, les acteurs, les équipes techniques, les effets visuels, les serveurs et les campagnes marketing. À cela s’ajoutent les difficultés économiques de plusieurs pays africains, le prix élevé d’Internet et la concurrence crasante des géants mondiaux comme Netflix, Disney+ ou Amazon Prime Video.

Autrement dit, même lorsqu’une plateforme attire énormément de spectateurs, cela ne garantit pas nécessairement sa survie financière.

Showmax lance le mode Économie de données maximale – MyBroadband

Et c’est exactement ce paradoxe qui fascine autant le public.

Mais derrière les chiffres et les stratégies économiques se cache une peur beaucoup plus profonde.

Pour beaucoup d’internautes, la possible disparition de Showmax ressemble à une menace contre l’indépendance culturelle africaine. Certains craignent que les productions locales deviennent encore plus dépendantes des plateformes étrangères. D’autres ont peur que certaines histoires africaines soient abandonnées parce qu’elles ne sont pas jugées assez « rentables » par les grandes entreprises internationales.

C’est justement là que les paroles de Mo Abudu prennent une dimension beaucoup plus forte.

Lorsqu’elle affirme que « personne ne viendra nous sauver », elle semble vouloir dire une chose essentielle : si l’Afrique veut protéger ses récits, elle devra construire ses propres systèmes, ses propres plateformes et ses propres modèles économiques.

Son message a créé d’immenses débats sur les réseaux sociaux.

Certains internautes la soutiennent totalement. Selon eux, l’Afrique doit absolument contrôler ses propres histoires au lieu de dépendre de compagnies étrangères capables de tout arrêter du jour au lendemain. Beaucoup estiment que le continent possède déjà les talents, les acteurs et les scénaristes nécessaires pour bâtir une industrie mondiale puissante.

Mais d’autres restent beaucoup plus pessimistes.

Ils rappellent que créer une plateforme de streaming coûte des milliards. Ils soulignent aussi que même des entreprises internationales extrêmement riches rencontrent aujourd’hui des difficultés dans le streaming. Pour eux, vouloir construire des plateformes entièrement africaines pourrait être un rêve beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît.

Et pourtant, malgré toutes ces inquiétudes, une chose reste claire : le public africain n’a jamais autant aimé ses propres histoires.

Le succès de nombreuses séries locales le prouve. Les spectateurs veulent voir leurs langues, leurs traditions, leurs cultures et leurs réalités à l’écran. Ils veulent des héros africains, des histoires africaines et des productions capables de rivaliser avec les plus grandes œuvres internationales.

C’est peut-être pour cette raison que l’affaire Showmax provoque autant d’émotions.

Parce qu’au fond, cette crise dépasse largement une simple plateforme de streaming.

Elle touche à une question beaucoup plus importante

La fermeture de Showmax pourrait être perçue comme une. Mais pour certains, elle pourrait aussi devenir un électrochoc capable de pousser l’industrie africaine à se réinventer.

Une nouvelle génération de créateurs africains est déjà en train d’émerger. Plus ambitieuse, plus connectée et plus déterminée que jamais à imposer les récits du continent sur la scène mondiale.

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